Samedi 23 Juillet 2005
Accueil | Edition du jour | Archives
Rechercher:   Recherche avancée
Actualités
Périscoop
Régions Centre
Régions Est
Régions Ouest
Sports
Femme magazine
Panorama
Pousse avec eux
Edition du jour
 
Culture
 
 
Nos archives en HTML
Nos archives en PDF
 

VICTIME DU TERRORISME !

Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr

«Deux diplomates algériens ont été enlevés à Baghdad.»

Encore une action héroïque
de la résistance irakienne ?

Nabil a cassé sa pipe. De manière rageuse. Sans préavis, sans bande annonce. Et ne me dites surtout pas que l’un des plus talentueux reporters photo de sa génération a été victime d’un malaise cardiaque ou d’une quelconque défaillance physique qui l’aura terrassé. Nabil est de cette race de journalistes que le discours officiel et les fetwas présidentielles préfèrent, dans le meilleur des cas, noyer dans le magma informe de cette «profession qui a tant donné au pays», dans le pire des cas, accuser d’user d’une plume et d’un appareil photo, armes plus dangereuses que le sabre des terroristes. Désolé, mais Nabil ne peut pas être classé comme on range des dossiers dans une armoire répertoire. Et re-désolé, Nabil n’est pas mort d’un malaise en 2005. Nabil comme d’autres grands reporters de la presse algérienne a commencé à mourir il y a de cela dix ans. Lorsque le «destin traficoté» de l’Algérie l’a amené dans les villages massacrés, dans les faux barrages encore fumants et dans les marchés tachés de sang et creusés de cratères. Nabil a commencé à mourir lorsque, dans son viseur, se sont sournoisement invitées les images de corps déchiquetés, de parents éplorés et d’orphelins aux yeux hagards et fuyants. Nabil a commencé à mourir au contact quotidien de la mort. Il est victime d’un acte terroriste commis en permanence depuis l’agrément du FIS, et bien avant encore. Nabil est une victime du terrorisme. Car, dans la liste des journalistes victimes des tangos, les noms à venir me semblent encore nombreux. On ne sort jamais indemne d’avoir «fixé» la mort une décennie durant, sans préparation, dans l’urgence de l’horreur, dans le souci de saisir l’instant pour que le monde incrédule découvre et comprenne le sens de cette guerre presque sans images. Que celles et ceux de mes confrères qui, aujourd’hui, pensent avoir survécu au «Grand Massacre» tempèrent leur enthousiasme légitime de survivants. On ne sort jamais vraiment vivant d’un tel merdier. Nabil n’est pas mort en 2005. Il a juste enclenché le retardateur pour guetter le meilleur moment, pour happer l’instant ultime. Et de cet instant ultime, il parlait de temps à autre. Avec ses mots à lui, lorsqu’il lançait d’une voix où se mêlaient incrédulité et profond dégoût : «Yak kho, tu verras. Viendra le jour où nous raserons les murs devant eux !» Plutôt que de raser les murs, Nabil s’est envolé. Je fume du thé et je reste éveillé, car, décidément, le cauchemar continue.

H. L.

Nombre de lecture : 3468

La copie partielle ou totale des articles est autorisée avec mention explicite de l'origine
« Le Soir d'Algérie » et l'adresse du site